lundi 16 mars 2009

Les trésors de la Ribagorza

Hiram Bingham dût ressentir une multitude d’émotions lorsqu’il pénétra pour la première fois depuis quatre siècle dans l’enceinte de Machu Picchu. J’en sais quelque chose, croyez-moi! Je crois avoir ressenti chose pareil moi aussi, mais avant tout je vais vous raconter le contexte depuis le tout-début.

C’était un matin ensoleillé de mars, plutôt chaud avec sa vingtaine de degrés. J’avais congé de l’Instituto car mes collègues étaient partis visiter la brumeuse capitale britannique. Puisque nous avions tous deux la journée libre, Alodia et moi avions prévu la veille aller faire une excursion dans les environs de Graus. Elle devait m’appeler dès son réveil, mais comme il était déjà 11h30, je décidai de partir seul vers un lieu dont on ne m’avait que très peu parlé, mais qui ne cessait de m’intriguer. Tout ce qu’on m’avait dit de Gruscán, c’est qu’il s’agissait d’un petit village abandonné, perché au sommet d’une montagne. J’avais interrogé plusieurs personnes pour savoir comment accéder à cet endroit, et une seule put me donner une réponse. Il fallait donc traverser le village vers le nord et emprunter un certain chemin à l’emplacement mystérieux. Je préparai donc mon bagage pour la courte mais trépidante aventure.


Je sortis de la maison, et fus immédiatement surpris par la chaleur qu’il faisait : le thermomètre devait sans doute atteindre la barre des 25 degrés. Je traversai le Barrichós, la Plaza Mayor, la Calle Barranco, et le nouveau quartier avant d’arriver, finalement, aux limites du village. La route à emprunter devait se trouver près du centre sportif. Cependant, les petits sentiers abondent dans le coin, et comme je ne voyais aucune indication, je dus m’arrêter à l’embouchure d’une de ces voies pour demander mon chemin. Le vieil homme comprit immédiatement de quel village je parlais, mais il me raconta que puisque depuis près de soixante ans l’endroit reste désert, il ne se rappelait plus comment on s’y rend.


« Ouf, c’est que je suis un peu vieux, et je suis rendu un peu stupide… » me confia-t-il.


J’attendais sa réponse avec impatience, craignant ne pas trouver personne qui sache comment aller à Gruscán.


« Ah c’est vrai, il faut justement emprunter ce chemin-là et monter, toujours monter! » finit-il par déclarer.


Je le remerciai, et commençai à suivre le sentier ascendant. Je découvris un endroit qui m’était alors inconnu. Les fermettes et les champs d’oliviers ou de vignes parsemaient ces collines traversées par le chemin de terre zigzagant, offrant un paysage digne de la Toscane. J’allais, le pied léger, avec mon sac sur l’épaule, et je profitais du lieu baigné par le soleil. Les fermiers me regardaient passer en sachant déjà le but de ma visite. J’avais marché environ une demi-heure sur la route pittoresque lorsque je vis, sur la porte d’une petite grange, l’indication suivante : « Si tu tiens à ta vie, ne brise pas cette porte. » Je ne passai pas plus de temps près de ce lieu, et repris la marche. Peu importe ce qu’il y avait là-dedans, cela ne me concernait pas.



Le soleil tapait chaque fois plus fort et la pente se faisait de plus en plus abrupte. Je commençais à être épuisé. Je ne m’arrêtais que de temps en temps, et seulement le temps de faire une photo. Il n’y avait maintenant plus de maison ni de fermiers au travail, seulement que des étages de champs d’oliviers. Je regardais vers le haut, et le bout du clocher de l’église se rapprochait. Deux oiseaux de proies gigantesques survolaient les lieux.


La montée se fit encore plus difficile. Je trouvai une barrière bloquant l’accès à tout véhicule non autorisé, et le chemin m’emmena entre les rochers. Je sentais que je m’approchais du village. Cela faisait plus d’une heure et quart que je grimpais cette montagne.


La dernière falaise se présenta, et j’arrivai à sommet. Le sentier me guidait à travers du plateau broussailleux sur lequel se situe le village. En entrant, je vis deux affiches qui disaient qu’il fallait respecter les ruines archéologiques et ne pas entrer dans les maisons car il y a risque d’effondrement. L’église fut le premier bâtiment que je rencontrai. Je vis qu’elle était de style roman, c’est-à-dire qu’elle pourrait dater du bas moyen-âge. Je notai que sur une façade, chaque pierre formant le mur était marquée d’un numéro. Peut-être serait-ce un ordre d’assemblage, un genre de manuel d’instructions?



À côté, encerclée par une clôture, il y avait une vieille pierre tombale dont je ne voulus pas trop m’approcher. Je me sentais comme un explorateur, un archéologue ayant fait une découverte incroyable. Malheureusement, l’entrée à l’église était fermée à clef. Lorsque je m’approchai de la porte de fer, un bruit de tapage contre la porte me fit sursauter. Je pensai que ce devait être une bourrasque de vent, malgré que la porte soit située au fond d’un petit vestibule, à l’abri des courants d’air. Lorsque le bruit se répéta et me fit sursauter une seconde fois, je demandai s’il y avait quelqu’un à l’intérieur. Silence. Puis, les coups sur la porte se répétèrent encore. Je supposai qu’il devait y avoir quelque animal qui cognait contre la porte, mais ce fut plus pour calmer mon esprit car je doute encore qu’un rat ou chose pareil puisse faire autant de bruit.



Je m’éloignai de la porte. Entre deux arbres gisant sur le sol, j’aperçus une pancarte touristique.


En effet, la première partie du bâtiment fut construite durant le Bas Moyen-âge, en l’an 1083. Le village, sous possession d’un seigneur, était alors fortifié. Il faut rappeler qu’à cette époque, les arabes étaient en train de conquérir la péninsule ibérique. Le territoire correspondant maintenant à Graus appartenait d’ailleurs aux Maures. Grâce aux vaillants guerriers de Gruscán, Graus fut prise aux mains des musulmans et devint la capitale du comté de la Ribagorza.


J’étais dans un lieu d’importance historique. Je déambulais dans ses rues étroites, pareilles à un labyrinthe. Même si le village ne fut abandonné qu’en 1950, j’avais l’impression d’être le premier visiteur depuis longtemps. J’imaginais les enfants courant entre les maisons de pierre, les charrettes transportant le fruit des potagers, le seigneur vêtu de son armure, monté sur son cheval. Je parcourais les cours des maisons, j’essayais de deviner l’utilité des bâtiments. J’admirais la vue qu’avaient les habitants de Gruscán sur la vallée de l’Ebro, j’examinais les falaises où les fondations de pierres témoignent de la présence d’une ancienne muraille protectrice.



Lorsque près d’une heure plus tard je quittai le village, je ressentis une impression de satisfaction. J’étais content d’avoir profité de la journée pour faire cette excursion, ce voyage dans le temps. La région aragonaise regorge de trésors cachés, il suffit de prendre le temps de les trouver.




2 commentaires:

Yves a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Yves a dit…

Super comme endroit, si un jour nous allons à Graus ensemble, il faut que tu m'amène voir ce village abandonné.